III.
RER D. 9h17. Direction Gare de Lyon.
S'égosillent
et babillent. Sur le quai un groupe d'élèves s'attroupe. Des espagnols
visiblement. Appareil photo numérique dernier cri en main, ils mitraillent le
RER Dupleix qui entre en gare. En face d'eux. Changement de direction. Il est
loin le temps des casquettes canari pour repérer les troupes. Signe distinctif
des écoliers en voyage. Elles ont fait place à un sac à dos bleu et noir.
Sponsorisés. Ils piaillent. Inspectent la gare. L'un montrant une étrangeté à
un autre. Les filles se collent les unes aux autres et rient encore en
dévisageant un jeune homme au bout du quai. Leur train apparaît au tournant des
rails. Ils s'agitent. Immortalisent l'instant. Une curiosité en 3D. Et se
lancent dans un marathon pour rejoindre la porte automatique la plus proche. Et
s'engouffrent. Au deuxième étage, évidemment. Les professeurs s'affolent et se galvanisent
de cet enthousiasme bruyamment manifesté.
Une nuée de demoiselles s'agglutine à huit sur six places. Rient à grands cris.
En mexicain, peut-être. Leurs cartes plastifiées qui pendent à leurs cous ne
sont pas lisibles. Leurs doigts pointent mille choses imprécises au dehors. Les
téléphones portables photographient à tout va les grimaces des écolières sur
fond de Seine. Quelques unes demeurent impassibles et silencieuses. A grand
coup de fermeture éclair les sacs s'ouvrent. Et s'étalent des trousses entières
de maquillage. Qui côtoient des peluches. Un chat à poil long. Sauvagement
extirpé de sa cachette. Caressé du bout des doigts. Tout en discutant et
en essuyant les reproches des camarades. Les garçons se ruent dans les couloirs
du RER. Les filles les suivent du regard. S'esclaffent. Et s'emparent de leurs
tubes de "peintura". Les pochettes de beauté, ou de ravalement, c'est
selon, sont des plus garnies. Quel âge ont-elles ? Elles se maquillent
comme des jeunes femmes mais rient comme des fillettes. Liberté trouvée sous
d'autres horizons. Elles font sourire les autres voyageurs. Et leurs
prétendants. Fard à paupières, fond de teint, blush, khôl... Tout s'alignent
sur leurs genoux. Et leurs mains s'activent devant les miroirs que tendent
leurs amies assises en face.
Et apparaît un outil improbable. Improbable d'efficacité. Et tellement simple
finalement. A portée de mains. Seulement détourné. Une cuiller à soupe. Après
la danse de la brosse de mascara noir, s'applique d'un coup sec et précis le
revers de la cuiller. Effet garantit.
Le train entre en gare de Lyon. Le conducteur du train fait son annonce.
L'attirail se remballe à une vitesse folle. Les garçons remontent endosser
leurs sacs. Les sourires s'aiguisent. Les filles jettent un coup d'oeil au
miroir de fortune d'une porte de RER dans un tunnel. Replacent leurs vestes.
Satisfaites. Ils sautent sur le quai. Paris à leurs pieds.
Sans doute, des paillettes dans les yeux, ne verront-ils rien de la femme
saoûle au premier étage du RER quand ils rentreront ce soir. Pas plus que le
SDF qui se réchauffe dans la rame.
...
Le métro, dans le métro II.
Prix Renaudot, Médicis, Fémina...
Le Renaudot sera délivré le 05 novembre .
Olivier Adam " A l'abri de rien" (L'Olivier)
Charles Dantzig : "Je m'appelle François" (Grasset)
Vincent Delecroix : "La chaussure sur le toit" (Gallimard)
Ariel Denis : "Soixantième" (Le Rocher)
Christopher Donner : "Un roi sans lendemain" (Grasset)
Paul Fournel : "Chamboula" (Seuil)
Eric Fottorino : "Baisers de cinéma" (Gallimard)
Hubert Haddad : "Palestine" (Zulma)
Vénus Khoury-Ghata : "Sept pierres pour la femme adultère" (Mercure de France)
Carole Martinez : "Le coeur cousu" (Gallimard)
Gilles Leroy : "Alabama Song" (Mercure de France)
Charif Majdalami : "Caravansérail" (Seuil)
Amélie Nothomb : "Ni d'Eve ni d'Adam" (Albin Michel)
Lydie Salvayre : "Portrait de l'écrivain en animal domestique" (Seuil)
Eric Reinhardt : "Cendrillon" (Stock)
Cécile Wajsbrot : "Conversations avec le maître" (Denoël)
Le Prix Médicis sera délivré le 12 novembre.
Charles Dantzig : "Je m'appelle François" (Grasset)
Yannick Haenel : "Cercle" (Gallimard)
Christophe Donner : "Un roi sans lendemain" (Grasset)
Vincent Delecroix: "La chaussure sur le toit" (Gallimard)
Gilles Leroy : "Alabama Song" (Mercure de France)
Eric Fottorino : "Baisers de cinéma" (Gallimard)
Philippe Forest : 'Le nouvel amour" (Gallimard)
Antoine Volodine : "Songes de Mavlido" (Seuil)
Jean Hatzfeld : "La stratégie des antilopes" (Seuil)
Charif Majdalami: "Caravansérail" (Seuil)
Eric Reinhardt : "Cendrillon" (Stock)
Linda Lê : "In memoriam" (Bourgois)
Jean-Paul Kauffmann: "La maison du retour" (Nil)
Jean-François Haas: "Dans la gueule de la baleine guerre" (Seuil)
Jeanne Labrune: "L'obscur" (Grasset)
Natacha Appanah: "Le dernier frère" (L'Olivier)
Olivier Adam " A l'abri de rien" (L'Olivier)
Première sélection pour le prix Fémina, qui doit être remis le 12 novembre:
Romans français :
Nathacha Appanah: "Le dernier frère" (L'Olivier)
Dominique Barberis: "Quelque chose à cacher" (Gallimard)
Jean Clausel: "Cherche mère désespérément" (Rocher)
Marie Darrieussecq: "Tom est mort" (P.O.L)
Amanda Devi: "Indian Tango" (Gallimard)
Christophe Donner: "Un roi sans lendemain" (Grasset)
David Foenkinos: "Qui se souvient de David Foenkinos?" (Gallimard)
Eric Fottorino: "Baisers de cinéma" (Gallimard)
Linda Lê: "In memoriam" (Christian Bourgois)
Gilles Leroy: "Alabama Song" (Mercure)
Jean Pérol: "Le soleil se couche à Nippori" (La Différence)
Olivier et Patrick Poivre d'Arvor: "J'ai tant rêvé de toi" (Albin Michel)
Claude Pujade-Renaud: "Le Désert de la grâce" (Actes Sud)
Dominique Schneidre: "Ce qu'en dit James" (Seuil)
Roman étrangers
Milena Agus: "Mal de pierres" (Liana Levi)
Alessandro Barrico: "Cette histoire-là" (Gallimard)
Joan Didion: "L'Année de la pensée magique" (Grasset)
Shirley Hazzard: "Le passage de Vénus" (Gallimard)
Dinaw Mengestu: "Les belles choses que porte le ciel" (Albin Michel)
Joseph O'Connor: "Redemption Falls" (Phébus)
Arto Paasilinna: "Le Bestial Serviteur du Pasteur Huuskonen" (Denöel)
Marisha Pessl: "La physique des catastrophes" (Gallimard)
Edward St Aubyn: "Le goût de la mère" (Christian Bourgois)
Mélanie Wallace: "Sauvages" (Grasset)
Daniel Mendelsohn: "Les Disparus" (Flammarion)
Le métro, dans le métro I.
Première sélection de l'Académie Goncourt.
En lice pour le prix Goncourt... L'attribution aura lieu le lundi 5 novembre.
Olivier Adam : "A l'abri de rien" (L'Olivier)
Pierre Assouline : "Le portrait" (Gallimard)
Philippe Claudel : "Le rapport de Brodeck" (Stock)
Marie Darrieussecq : "Tom est mort" (P.O.L.)
Vincent Delecroix : "La chaussure sur le toit" (Gallimard)
Delphine De Vigan : "No et moi" (J.C. Lattès)
Michèle Lesbre : "Le canapé rouge" (Sabine Wespieser)
Clara Dupont-Monod : "La passion selon Juette" (Grasset)
Yannick Haenel : "Cercle" (Gallimard)
Gilles Leroy : "Alabama Song" (Mercure de France)
Amélie Nothomb : "Ni d'Eve ni d'Adam" (Albin Michel)
Olivier et Patrick Poivre d'Arvor : "J'ai tant rêvé de toi" (Albin Michel)
Grégoire Polet : "Leurs vies éclatantes" (Gallimard)
Lydie Salvayre : "Portrait de l'écrivain en animal domestique" (Seuil)
Olivia Rosenthal : "On n'est pas là pour disparaître" (Verticales)
Alors ? A votre avis, qui remportera le Goncourt ?
II.
RER B. 23h20. Un soir de semaine.
Il n'y avait pas foule. Pas un bruit non plus. Seulement le long sifflement des roues métailliques sur les rails. Les appels d'airs par les fenêtres sales. Les claquements des particules de silence. Personne ne parlait. Personne ne se parlait. Tous des voyageurs solitaires. En individuel. Elle aussi. Assise tout au fond du wagon. Son horizon. Des cloisons bleues. Quelques touches de rouge et de jaune. Elle observait les autres. Droit devant elle. Juste là, sous son regard. Des crânes plus ou moins chevelus et des visages plus moins expressifs. Jamais un face à face. Tous s'évitent. S'absorbent dans un magazine ou dans le néant des souterrains. La musique change dans ses oreilles. Quelque chose s'éveille ou se brise dans son regard. Elle pourrait rester là. Assise. A jamais. Ne plus bouger. Aller jusqu'au terminus qu'elle ignore. Et voir ce qui se passe. Attendre. Le déluge. L'apocalypse ou le prochain convoi. demeurer inerte. L'oeil sur le défilé des tunnels ou peut-être sur des paysages nocturnes. Quelques lumières peut-être sur le noir horizon. Au lieu de cela. Chatelêt, et ses sièges en plastique orange. Tout le monde descend. Vers ailleurs. Vers nulle part. Peut-être. Où vont tous ces gens au coeur de la nuit. Les couloirs déserts. En journée bondés. N'indiquent aucune direction. Tout au plus un dédale d'autres couloirs. De couleurs blafardes. Rien, en somme. Elle suit le flot. Puis se disperse. La musique tape toujours à son coeur. Elle s'engouffre sur le tapis roulant dont elle ne voit pas la fin. Lutte. Un pas devant l'autre. Mais se sent inerte. On la fixe. Elle le sent. Reprend conscience. Hagarde cependant. Elle n'est pas d'ici. elle méconnaît tout. Elle a pris le mauvais chemin. Celui-ci à défaut d'un autre. Le sens d'une flèche, au hasard. Elle s'arrête. La mécanique la ramène en arrière. Devant elle. Droit devant. S'éloigne la destination. L'accessible.










