... Through ...

Blog de photographies et de petites chroniques parisiennes. Tous droits réservés, Anne-Laure Bovéron.

27 juin 2008

A l'horizontal. Mini-nouvelle inédite.

Cela ne lui ressemblait pas. A vrai dire, peu de ses actes, ces derniers temps, ne lui correspondaient. Ou reflétaient ce qu'elle avait toujours semblée être. Elle m'avait confié qu'elle s'échappait à elle-même. Une sensation, plutôt qu'un fait établi. Elle l'avait dit en tremblant, les yeux rivés à l'étagère à thé qui trônait dans son deux pièces. Mais sur un ton si détaché, que je n'avais eu que du silence à lui répondre. Trop peu de ses faits et gestes, de ses pensées même, lui donnaient le sentiment de s'appartenir. Qu'elle se pose ces questions m'avait inquiétée. Et puis, j'avais oublié.
       Il faisait chaud. Lourd. Atmosphère électrique. Une soirée d'août comme tant d'autres en somme. Rien de plus. Et sous les toits, la chaleur accumulée au fil de la journée était devenue accablante la nuit à peine esquissée. Son voisin, adepte des matchs de foot arrosé de bière avait enfin cessé de vociférer derrière la cloison qui tenait lieu de mur. L'immeuble peu à peu sombrait dans le sommeil. Dans ce mélancolique silence qui sied si bien à la nuit. Elle avait donc veillé à ne pas faire de bruit. A ne déranger le sommeil d'aucun des Justes de son pallier. Elle ignorait leurs noms. Et plus encore, les vies. Mais refusait d'être celle qui les troubleraient. Sans doute, ne la connaissais-je pas davantage. Je savais qu'elle était là, et quand le besoin faisait sentir, je la contactais. Pour un verre, une sortie, un film ou qu'elle recolle mes mots éparses et humides quand le nouvel homme de ma vie avait une fois encore pris la porte. Je ne lui ai jamais vraiment posée de questions. Aurait-elle répondu ? Ceux qui savent écouter savent-ils se mettre en mots ? C'est donc sans un bruit qu'elle a franchi la porte de son immeuble. Gagné la rue. Puis le boulevard.
        Elle a marché longtemps à côté d'elle. Se regardant fuir le long des trottoirs de ce pas pressé. Injustifié. Essayant de suivre son ombre à la trace. Pas de destination. Pas de but. Pas plus que de raison à cette chevauchée nocturne. Elle savait seulement qu'elle devait avancer. Ne pas s'arrêter. Au risque de ne plus repartir. Etrangement, elle n'avait pas eu peur de la nuit, de la ville à ces heures sombres qu'aucun réverbère municipal ne dissipe vraiment. Elle s'était toujours coulée dans les décors avec une facilité qui m'avait déconcerté, les premières fois que je l'ai croisé dans les couloirs de la fac. Plus que se fondre, elle s'évanouissait. Un peu comme dans ses mots d'ailleurs. Il m'a fallu du temps pour déceler l'erreur. Identifié l'origine de mon léger malaise. Pour saisir ce qui, dans ses discours, me faisait trébucher. Me sentir seule, parfois. Elle ne disait jamais « je ». Et l'autre prenait toute la place dans ses propos. Elle l'élevait en sujet unique. Pour n'y apparaître finalement qu'en filigrane.
       Elle n'a pas su évaluer son parcours. Ni les heures ni les kilomètres. Elle a déambulé, à l'aveugle, dans la ville assoupie. Elle ne s'était pas arrêtée. N'avait pas fait demi-tour. N'avait pas regagné son studio, son lit. C'était pourtant tellement simple, tellement. C'est le mur d'une impasse qui a stoppé sa fuite. Dans le 15e arrondissement. Bloquée, perdue, le nez contre la pierre. Elle avait observé un moment ces brins d'herbe qui s'étaient frayés malgré tout un chemin entre les joints de ciment. Puis, elle avait fait demi tour. Et sans raison, s'était effondrée un peu plus haut, au milieu de la rue. La chaleur du bitume l'a bercé. Epuisée, prenant peu à peu conscience de sa douce folie, les larmes avaient assaillies ses joues. Genoux sous le menton, bras autour des cuisses, cheveux éparpillés sur son visage et cailloux dans les interstices de ses côtes, elle avait sombré.
        Elle ne voulait qu'une chose. Qu'elle ne trouvait pas. Ni au quotidien ni hors des sentiers battus qu'elle avait testé cette nuit là. Elle ne voulait qu'une chose. A laquelle elle n'avait pas eu accès depuis l'enfance. Un geste trivial qu'elle ne réclamait pas non plus. Que quelqu'un la serre dans ses bras. Que quelqu'un la rattrape, là, à l'angle de cette rue. Avec fermeté, et douceur. Que quelqu'un, peut importe qui, finalement, la serre doucement. Tout doucement. Contre lui, ou contre elle, cela n'avait pas d'importance. Elle voulait sentir cette pression si particulière, celle de deux corps qui s'entrechoquent et s'apprivoisent. S'apaisent. Et une peau contre la sienne, par endroit. La surface d'une paume sur sa nuque. D'une autre sur son omoplate, à travers le tissu. Deux corps étrangers, peau contre peau. Ou à peine. Derrière leurs voiles de coton. L'étreinte de la solitude était si violente qu'elle en tremblait alors. Alors, elle rêvait de gestes simples mais sincères, un bras autour d'elle. Ceux anodins, légers et qui pourtant démentent le dégoût du corps de l'autre, qui disent la présence. Elle voulait que quelqu'un lui donne corps en enserrant les contours du sien. En la redessinant de ses bras. Quelques secondes. Ou d'interminables minutes. Qu'importe. Au plutôt si, longuement, pour s'en nourrir et constituer des réserves les nuits où le manque lui donnait la chair de poule. Seule, elle ne pourrait pas reprendre possession d'elle-même, de ce corps. Elle ne le savait que trop. Et elle ne voulait que cela : que quelqu'un se dévoue et la serre contre lui.
         Mais à force d'hurler son silence, personne ne l'avait vu passer. Personne ne l'avait vu disparaître. Elle aurait pu crier. Taper du poing. Non, elle aurait du ! J'ai du mal à comprendre comment elle a pu autant taire ces besoins. L'orgueil peut-être ou ses incapacités, ses craintes, l'ont en empêché ... Elle disait qu'il s'agissait davantage sa conscience des faits qui l'avait retenu, maintenu au silence. Qu'elle n'est pas de ces femmes qui séduisent. Qui manient leur féminité, leurs charmes d'une main légère et subtile, sans en avoir l'air. Et pour lesquels des hommes gravissent monts et vaux, sans écouter autre chose que leur désir de les approcher, de les frôler. Qu'elle n'est pas de ces amies que tout le monde enlace à tour de bras, en riant, dans les fins de soirées trop arrosées. Ou longuement, sur les paliers, les escaliers d'un restaurant quand vient l'heure de se séparer. Elle le savait. Elle ne le savait que trop bien. Et craignait qu'aujourd'hui, ayant perdu l'habitude d'être ainsi approchée, d'instinct, de reculer face à une main tendue. Pourtant, que quelqu'un la serre dans ses bras, c'est ce dont elle avait le plus envie. Le plus besoin. Même si elle ne l'avouait pas. Ne se l'avouait pas.
       Cette nuit là, ce n'est que le bitume d'un quartier résidentiel qui l'a tenu contre lui. A défaut de la rassurer ou de la consoler. Lui a fait office de peau amie. Mais, il n'avait rien fait d'autre que de recevoir la masse d'un corps soudainement déchu de son équilibre naturel. A présent, la voilà à l'horizontal.

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26 juin 2008

Quelques articles ...

Si le coeur vous en dit, un brin de lecture ...

Les éditions J'ai Lu fête ses 50 ans sur Obiwi.
Découverte de la galerie (photo) Polka sur Culure&Cie.
Chroniques sur le recueil 11 femmes, 11 nouvelles inédites,
sur Culture&Cie, OrSérie et Obiwi.

Et Muze, toujours, avec en juillet un spécial Polar.

Bel été à tous.

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08 mai 2008

Chronique du Métro. XIV.

DSCN2197L'attente avait été courte, finalement. Elle a pris le premier train entré en scène. Les écrans bleus avaient viré à l'orange, suite au feu Gare du Nord. Paralysie du trafic en début de soirée, avant reprise progressive et partielle des routines de la Ratp. Tous les RER B ce soir n'auront qu'un terminus.
Une porte lui faisait face. Mais elle a préféré la précédente. Quelques pas. Elle a remonté le quai et a pressé le bouton vert, déclencheur de magie mécanique. alors que le train prenait place, ralentissait, elle avait repéré une place. A l'écart. Avec pour interlocuteur, un mur. C'est celle-là qu'elle convoitait. Elle n'a pas hésité à tourner le dos au reste de la rame qui serait la sienne pour trois stations. Quelques têtes par ici ou par là. Pas de couple ni d'amis de fac éméchés chantant à tue-tête, comme souvent, au départ de Port Royal. D'ailleurs, il n'y avait pas foule. Et un seul coup d'oeil circulaire en franchissant le seuil du RER avait suffit pour constater que chacun vivotait dans sa bulle.
Elle s'est calée contre le fer recouvert de Vénilia jaune. Un peu défraîchi. Passablement éraflé. L'épaule comme point d'ancrage. Le talon de sa botte sur le décroché d'acier, sous la fenêtre. Elle a ouvert le livre qu'elle peine à finir, faute de temps. Elle en avait aimé le titre. Titillée par le qualificatif affublé. Quelques pages. Quelques pages seulement avant de le refermer, de lui trouver une place sur ses étagères bondées. Dans ses oreilles le dernier né du chanteur à l'accent du Lot et Garonne, aux répliques doucereuses et assassines décortiquées dans l'enfance lointaine. Des roses et des orties, à l'image d'un soir.
Le RER se moque bien des émois littéraires. Il ne demande l'avis de personne. Un de ces trains qui foncent toujours plus vite, droit devant. emportant dans ses valises ceux qui avaient élus domicile sur le bord de la route. Pas de destination. Un terminus collectif. Un seul but : accomplir le trajet, vaille que vaille et tant pis pour le reste. De force, droit devant. Un peu comme l'inéluctable marche des jours et son lot quotidien de listes "à faire" que l'on raye, rature, complète, érige pour le lendemain, le soir venu, dans son lit, quand le sommeil tarde à venir. Elle n'avait eu qu'un seul regard pour l'obscurité du premier tunnel vaincu. Furtif. Par la petite lucarne qu'elle s'était aménagée dans la grande fenêtre. La vision de ce monde souterrain ne lui aspirait rien de bon. Et puis, elle a du se résoudre. Confesser. Se rétracter. Elle a lâché le chemin des lignes, noir sur blanc. Elle n'y était pas. Ou peut-être trop, déjà, à l'horizontal. Dans une seconde d'angoisse, happée par le vide des prises de conscience distillées, elle s'est rattrapée aux mots de l'humaniste en costume de poète guitariste. Puis ces mots murmurés se sont aussi envolés, creusant des sillons dont elle n'a pas vraiment senti la piqûre de la plaie sur le moment. Elle n'était plus vraiment là.
Arrêt Luxembourg, ses yeux se fixent sur une immense affiche, designée et graphique. Séduisante. La deuxième campagne du genre dans les lieux. Stationnée devant la neige et les arbres nus. Elle aussi avait le cœur en hiver. Impuissante. Désemparée. Triste. Et, ce goût de jamais plus qui lui envahissait la bouche, lui serrait le coeur. Bien sûr, il y avait des parfums d'ailleurs, d'autrement. Une touche de sel et de raisin sur la pointe de sa langue. Oui, mais... Jamais plus.
Le train est reparti. Déclinant avec les murs plastifié le printemps et l'été. A quelques roulements de là, seulement. Tout semble si simple parfois. D'une saison à l'autre. D'une moue à un sourire. Mais elle avait du rater la marche. Prise dans la neige. Les discussions des nouveaux passagers devaient animer le wagon. Là, juste derrière elle. Elle sentait des vibrations, des mouvements. Mais rien ne l'atteignait vraiment. Dans sa bulle de musique et de larmes contenues. Elle n'entendait rien de la vie qui s'ébroue aux heures indues. Pas plus qu'elle ne prenait la mesure des sombres tunnels qui défilaient. Sa bulle s'était réimperméabilisée.

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23 février 2008

Chronique du Métro XIII.

Elle n'a pas l'air forcément rassurée. Peut-être pas très à l'aise non plus. Là, au bord de son quai. Elle l'arpente sans cesse de droite à gauche. De gauche à droite. Un bonnet blanc enfoncé sur les yeux. Les mains dans les poches d'une veste en cuir beige. Elle balance ses pieds à chaque demi-tour qu'elle effectue immanquablement à l'aide d'un pas enroulé. Et puis, elle se fige, face aux quais. Et sourit, avant de lancer un "le mien arrive dans deux minutes, et le tien ? " Un jeune homme en costume. Sans cravate. Attaché case à la main lui répond "dans sept minutes". Il vient juste d'arriver sur le quai, cherche un espace libre et replace le tombé de sa veste. Ils haussent les épaules face à l'inégalité de l'attente et l'imminence de la séparation. Ils se font des signes, pour s'expliquer dans quel sens arriveront leurs RER respectifs. Et se remettent tous deux, à des rythmes différents, à sillonner leurs coins de quais. Le RER B, direction Robinson, 23h07, entre en station. Elle se retourne une dernière fois. Lui envoie un baiser déposé sur sa main puis disparaît derrière la masse du train. Il cherche à l'apercevoir dans la foule des étudiants fêtards qui s'est massée dans la rame ce soir. Une sonnerie. La fermeture des porte. Et le voilà qui baisse les yeux. Elle est partie.

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11 février 2008

Chronique du Métro XII.

Lui ne s'assoit jamais avec les autres. Pas plus qu'il n'occupe un de ces sièges orange vif et repoussant. Jamais. Sous aucun prétexte semble-t-il. Ils ont tous leurs places dans cette enfilade. Des visages et des vêtements différents. Des rôles aussi. mais tous portent l'insondable au fond des yeux. Il y a le couple d'amis, qui rit et salue les jeunes filles, comme les moins jeunes d'ailleurs. Toujours un mot pour les faire sourire, ou simplement réagir. Il y a aussi le petit black qui passe de temps en temps. Mais il ne regarde que le carrelage d'un blanc sale et à qui il fait de grands discours, des plus argumentés. Intonations et gestuelles comprises. Mais lui. Lui reste là, derrière le pilier saturé de carrelage. A même le bitume grisâtre. Coincé dans l'angle. Juste à la limite de la rigole d'évacuation. Et il dort. En boule, toujours. Le dos tourné au quai. Il ne tue jamais ses journées à coup de rêves bien calé dans le plastique criard qui s'aligne pourtant à quelques pas de là. Il ne se moque pas du temps qui s'étire en trinquant avec les autres, à coup de bière et blagues. Ils sont pourtant eux aussi, à deux pas. Comme pour dire qu'il n'est pas de ce monde là. Ou peut-être qu'il n'a même plus le droit à ce monde là. Il a cependant fier allure dans sa veste de costume ocre. et dans le fond de ses yeux, de la dignité.

Station Goncourt, ligne 11. Quatre personnages du quai.

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21 novembre 2007

Quand le métro dort ...

Quelques pas. Les premières discussions embrumées du matin bousculent les deux immeubles qui jalonnent la rue. A quelques pas de là, des talons résonnent. Une course folle à pas cadencés débute. Doucement. Pour prendre le temps de surprendre Paris dans sa torpeur. La nuit et le jour sont encore unis et aucun ne veut céder sa place. Le temps n'a pas d'importance. Le tour est joué. Le point marqué. Couchée tard. Levée tôt. Avant même que ne chantonne le réveil. Pour filer plus vite encore dévorée Paris. L'œil aux aguets. La peau à fleur. Et Paris tient ses promesses.
De rues en boulevards. De quartiers en arrondissements. Si peu de bruit et tant de mélodies. Rares sont ceux qui ont passé la porte de leurs intimités. Ils se dessinent parfois à coup de silhouettes en contre jour sur des lumières tamisées. Les fenêtres s'éclairent peu à peu. De part et d'autre de l'échiquier parisien. Tout semble au ralenti. Même les monuments ont perdu leurs habits de lumière. la pénombre plane. La simplicité aussi. Le faste de Paris n'en est pas moins à son apogée.
Peu à peu les âmes s'ébrouent sur les pavés. Aux angles des rues apparaissent des hommes en costume. Des femmes en trench coat. La pluie guette. Puis tombe. Elle s'amuse à reluire le bitume. Et se moque des éclats des réverbères comme si prennent pour des étoiles. De plus en plus de phares apparaissent. De personnes aussi. A-t-on déjà vu autant de parisiens dans les rues à l'aube d'un mercredi de novembre ? peut-être pas. Mais quand le métro dort et que les agents de la Ratp somnolent au fond de leurs lits, les parisiens marchent. Et quand Paris s'éveillent et que les lampadaires cessent de diffuser leurs halos, les parisiens arrivent à bon port avec davantage de magie dans les yeux que celles des publicités dans les couloirs des métros bondés.

Si cela ne tenait qu'à moi, je supprimerais les quatre, cinq heures de sommeil qu'il reste pour épier Paris. Du crépuscule à l'aube. Pour suivre les parcours lumineux des monuments. Qui à 02h cessent de jouer les beautés parisiennes et sombrent dans l'anonymat de la pierre. Et jusqu'à ce que l'électricité se fasse la belle à quelques heures de là. J'observerai Paris respirer dans son sommeil.

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03 novembre 2007

XI.

Il était bien caché. On ne le remarquait pas tout de suite. Elle attendait que le métro se met en route. Calmement. Sans se trahir. Sans s'exhiber. Une rame à l'arrêt. A un terminus. Destination terminus. D'un bout à l'autre. Il était bien dissimulé. Jusqu'à ce qu'il se manifeste. Qu'il l'interpelle. Et qu'elle lui répond. Alors le monde. Les bruits. Les regards ont disparu. Ils n'étaient plus que tous les deux. Doucement, elle l'a caressé. Puis a souri. Il s'est apaisé. Et elle a laissé son regard se porter sur l'alternance de quais et de tunnels. Plus loin, il a repris la parole. Elle lui a fait l'honneur de quelques caresses. De légers tapotements. De douces poussées. D'un côté. De l'autre. Une petite présence. Juste une petite bosse sur le pull de la future maman.

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20 octobre 2007

X.

Une foule. Compacte mais mouvante. Des langues. Tant, que le latin s'en perd. Des couleurs. Beaucoup. Le regard n'accroche plus à rien. Ni aux matières. Ni aux mots. Ni aux éclats. Les femmes se ruent. Les hommes se traînent. Pris dans la marée et le devoir de suivre. Ils avancent. Pourchassent leurs biens-aimés. Les minettes dispersent leurs maigres salaires ou l'argent paternel aux quatre coins des caisses du chic. Le dernier cri. Dernier sortie. Les effusions de joie. L'objet tant convoité. Parfois si durement offert. Enfin. Plaisirs de fin de semaine bien mérité. Les sourires se lisent deci delà. Partout. Du monde. Et le temps s'enfuit. La course prend un rythme toujours plus rapide. Effréné. Le temps n'attend pas. Les Hommes ne s'arrêtent pas. Les couleurs et les odeurs. En une valse nauséeuse se mélangent. Les dames s'enlisent dans les portiques du métro. Trop de sacs siglés. Le mécanisme s'enraye. Les bras trop chargés. Elle restent bloquées entre deux moulins. A la surface, d'autres courent encore. D'un comptoir à l'autre. Et face aux plus grandes entrées des magasins des Grands Boulevards parisiens, d'autres s'installent. Etablissent leurs campements. Ne demandent rien. Ne parlent pas. Mais disent pourtant. Sacs plastiques percés. Anorak élimés. Chariots de supermarché et bidon recyclé pour quelques châtaignes chaudes dans le vent d'octobre. 2 euros le cornet. Les doigts noirs d'un chardon artificiel. Dans l'attente. Ou sur une chaise. Le regard dans le vide du bitume. Bercés par le va et vient incessants, s'endorment contre une barrière de sécurité. Ceux qui n'ont rien regardent ceux qui ont. Qui ont ce qu'ils peuvent. Ou ce qu'ils veulent. Ou trop, parfois. Les contrastes des grandes villes. Où les plus riches croisent les plus pauvres sur le même trottoir. La capitale. Le lieu des excès. Paris.

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16 octobre 2007

IX.

Ils sont toujours. A toutes les stations. Dans toutes les rames. Ils se remarquent très vite. Et certains se manifestent largement. C'est toujours un peu la même rengaine. Elle lui tient la main. Ou agrippe son jean au niveau de son genou. Lui, parfois, passe son bras derrière sa nuque. Elle le tire vers elle. Elle enroule des baisers bruyants autour de son cou comme les perles d'un collier. Parfois, elle attrape sa main. Et s'esclaffe. Marque son territoire. Le lien. Elle pose ses doigts sur sa joue. L'incite à pivoter. Et le force à planter ses yeux dans les siens. Il se détourne quelques fois. Ou regarde par la vitre rayée quand elle a posé sa tête sur son épaule.
Mais eux, détonnent. Un peu. Il ne cesse de la tirer vers lui. Sa main enserre sans relâche sa hanche. Et il enfouit sa tête dans son cou. Elle. Elle ne semble pas aussi enclin que lui à la démonstration. Et à chacune de ses approches, elle renverse sa tête. Gênée ou lassée ou indifférente. Ou ... Il ne donne que très peu d'air à leurs corps. Et chacun de ses pas de côtés l'invitent à la rejoindre. Il l'a fait virveloter. Elle se prête au jeu de ce rock n' roll improvisé dans l'espace réduit de la rame. Elle ne rit pas. Se laisse faire, pantin. Elle ne proteste pas non plus. et il revient à la charge. Se contente seul. D'un baiser sans retour. Sans regard. Sans caresse. Inversion des clichés.

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11 octobre 2007

VIII.

_ Papa ? C'est quoi ce mot ?
_ Lequel chérie ?
_ Mais celui-la, là.
_ Bonbon.

Et un petit garçon d'une quinzaine de mois rappelle le papa à l'ordre. Difficile de conjuger le biberon. La peluche. Le livre de la grande soeur. Son attaché case. Le sac de langes. Et les stations qui défilent sans crier gare.
La petite blonde ne demande rien. Assise sagement au fond du siège, elle tient sur ses genoux. Fermement. Un fin livre. Un magazine plutôt. Elle joue avec une mèche de cheveux. Une petite pince rose avec des paillettes la retient un peu plus haut sur son front. Elle joue avec ses pieds. Et alterne le mouvement de chacun. En cadence. Son doigt parcourt lentement les quelques lignes qui parsèment chaque page. Elle retourne soudain sa revue et du bout du doigt, désigne un mot barbare. "Clown" lui dit-il. Elle la voilà repartit dans son histoire. Le petit frère lui, gazouille. Et donne du fil à retordre à son père en gesticulant d'un plaisir dont lui seul connaît la saveur et l'origine.
Elle a du sentir que je la regardais. Elle m'observe. Du coin de l'oeil. Avec méfiance et curiosité. Et finit par répondre à mon sourire. Elle reprend sa lecture. De "Pomme d'Api", bien sûr. Comme ne l'aies-je pas reconnu plutôt. Son index bute sur un mot. Il avance et recule. S'immobilise. Et ses sourcils se froncent. Sa bouche accentue la prononciation muette des syllabes. Et elle me tend son livre. "Piscine". Un "Merci madame" accompagne son sourire. Et elle voyage de nouveau en tournant une nouvelle page.

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