07 janvier 2008
Exit Meetic. Welcome Lavotomatic.
Joindre l'utile à l'agréable... Une des doctrines préférées
d'Horace comme me le soulignait il y a peu une sage voix. Le progrès
nous attend parfois au coin de la rue... Et il peut même nous
surprendre. Et oui, encore ! Incroyable, non ? Après tant d'avancées
technologiques, il a plus d'un tour dans son sac, le malin. Enfin
peut-être pas en matière de civisme et d'humanisme. Mais que
voulez-vous, on ne peut pas tout régler en même temps.
Aujourd'hui, plus besoin de payer une cotisation pour accéder aux
pages misérablement designées de Meetic, le paradis légal de la drague,
et plus si affinités. Ni de passer des heures (perdues) à trier les
prétendant(e)s qui vous choisissent pour votre petit minois placardé
dans les cases prévues à cet effet. Ni de se ruiner les doigts sur un
clavier pour chatter en live, jusque trop tard dans la nuit, sur MSN
pour tester la brochette de vos élu(e)s retenu(e)s après plusieurs
tours et moult débats intérieurs, évidemment. Plus besoin, non plus, de
retirer un à un les espoirs et les onces de millièmes d'hypothétiques
sentiments à la pince à épiler quand tout capote. Maintenant, pour
joindre l'utile à l'agréable, sans oublier le pratique, il faut tout
faire en même temps ! Et oui. C'est tellement plus simple et rapide.
Élémentaire ! Il suffit pour cela, par exemple, à hauteur d'une fois
par semaine (posologie minimale) de décrocher son regard du soporifique
roulis d'un tas informe mais coloré de vêtements, boulochant
gentillement dans la machine à laver du lavotomatic du coin. Et de
regarder les gens qui attendent à vos côtés. Qui siègent devant les
séchoirs. Ou cassent la caisse qui a décidé de faire des caprices.
(Heureusement que ce n'est pas tombé sur vous ! ) Et voilà. Le tour est
joué. Emballé c'est pesé. En même temps que vos jeans, polos et autres
chaussettes trouées, vous embarquez le numéro de la demoiselle qui
s'ennuyait (selon vous, alors qu'elle lisait). Il fallait y penser ! Le
rendement, il n'y a que cela de vrai. Et veine supplémentaire, vous
avez économisé du temps. Et de l'argent ! Puisque évidemment, toute
votre monnaie a été englouti dans un tour de machine à laver à 3,20E,
une dose de lessive Super Croix en tablettes à 0,90 cents et trois fois
10 minutes de séchoirs à 0,80 cents l'unité. Le café, une autre fois...
Quand elle vous rappellera, comme elle l'a dit. Vous ne doutez de rien,
pas même de son sourire (de politesse). Vous êtes certains que votre
charme a opéré. Elles tombent comme des mouches ces demoiselles...
Donc, la prochaine fois, vous la conduirez au café du coin...
Mais oh mon gars, réveille-toi ! Où tu as appris le romantisme ?
Où as-tu appris l'art de la séduction ? Dans un cours du soir en promo
sur Internet peut-être ? Tu crois vraiment que les jeunes filles en
fleur que tu caresses de ridicules et postillonnants "vous êtes vraiment
trop charmante, c'est dingue" aiment se retrouver observer par un
jeunot sans prénom mais à l'haleine de putois à 13h20 alors qu'elles
sortaient leurs culottes du tambour de la machine ?
Et voilà, une troisième laverie à trouver !
Zut, c'est la moins chère du quartier.
08 décembre 2007
Miss France 2008, the show !
Miss France 2008, the show
ou le comble du ringard à la sauce contemporaine.
Et en avant pour la 26e édition...
En direct du Kursaal de Dunkerque, le Comité Miss France, TF1 et tous
leurs partenaires sont à pieds d'œuvre pour retransmettre la compétition de 36
demoiselles qui briguent la couronne de Miss France 2008. Elles rêvent
toutes, je cite, de réaliser leur désir de petite fille : devenir la princesse Miss
France. Pour cela, ce soir, il faudra ravir l'écharpe à Rachel Legrain-Taprani,
Miss 2007. Le but des unes, redonner un coup de jeune et du dynamisme à
l'ancestrale Miss France. Des autres, incarner à leur tour "l'élégance à
la française", qui c'est bien connu rime avec costume. Toutes les jeunes
femmes, entre 18 et 24 ans, sortent valser la nuit venue (tout en prenant garde
à respecter le couvre-feu fixé par Père et à embrasser Mère avant de passer la
porte), dans leurs apparats régionaux ou en maillot de bain et exècrent
le string. Of course Darling ! Tout cela est très représentatif de la jeunesse
française, vous en conviendrez. Mais soyons réaliste, le seul traitement des
images, la tournure des quelques phrases échangées par les maîtres de cérémonie
entre deux tours de piste de leurs poulains réduisent à néant le coup de
jeunesse que voudraient donner ces jeunes femmes... et l'entreprise Miss
France... Le compromis "vivre dans son temps et dans le respect des
traditions, des bonnes mœurs" ne trouve pas son équilibre. Tout cela vire
au comique. Surtout si l'on regarde l'ensemble (décor, tenue des invités, du
jury, éclairages...) Et oui Geneviève, votre chapeau noir et blanc (ou blanc et
noir, c'est selon) et votre rire ne sont plus les seuls à faire sourire les
téléspectateurs du samedi soir en manque de programme intéressant.
Cette année, Geneviève, JP & Co. ont visé très haut ! et livrent un défilé
du plus mauvais goût. Geneviève De Fontenay attaque très fort avec ses
habituelles, mais toujours aussi surprenantes et hilarantes interjections.
Patri(iiii)ck Bruel, président du jury pour cette édition 2008, aura eu bien du
mal à "déclarer ouverte" cette émission (oups, lapsus), cette
cérémonie bien entendu... Jean-Pierre Foucault, égale à lui-même dans son rôle
de pilier défraîchi du PAF n'en prend même plus note. Il se contente de réciter
ses petites fiches et de les ponctuer de sourires des plus soutenus.
En ce 08 décembre 2007, les demoiselles se voient miroiter la place de
"l'héroïne" des français. Et pour accéder à cette estrade tant
convoitée, les 36 trente six prétendantes rivalisent de ... manque
d'originalité... Et oui, malheureusement. La preuve par la vidéo... Les
concurrentes sont présentées, dans un premier temps, par vague de 12 portraits
filmés. Et là, patatra... Une redondance d'adjectifs qualificatifs agacent nos
oreilles... Et évidemment, toutes seraient parfaites pour monter en haut de
l'affiche Miss France 2008. Enfin, surtout sur les couvertures des journaux
télé des semaines à venir et des affiches municipales de la Foire au Cochon.
(Leur a-t-on dit ? Zut, j'ai gaffé. )
La palme revient au staff Miss France. Surtout en matière de choix musicaux sur
les reportages vidéos ! Des images lisses (pour ne pas dire policées), des
discours bien pensants et louables et des morceaux qui se veulent
"djeunes", dans l'air du temps, fédérateurs intergénérationnels
(d'autant que les saynètes sont un hommage à Dalida, disparus depuis 20 ans) La
petite dernière chantonnera Christophe Willem, la cadette rira d'entendre
plusieurs "tubes" de Britney Spears (dont le dernier "Give Me
More" - est-ce vraiment flatteur d'ailleurs ?) et son grand-frère un brin
anarchiste fustigera le petit écran de reprendre une fois encore Moby à des
fins commerciales. Les parents eux rythmeront ces morceaux déjà entendus dans
la cohue de leurs murs et reprendront en chœur les paroles de l'idole de leurs
folles années. Un petit coup de Feist, de Désirless remixée par le très
tendance mais pas trop DJ Abdel , du Johnny national en préretraite annoncée,
en live, s'il vous plaît, et voilà ... Tout un programme... Soit. Et qui a coup
sûr, quoique kitsch, d'un goût douteux, brabant voire soporifique, Miss France
2008 récoltera le plus fort taux d'audience de ce samedi soir face aux images
du Téléthon. Ainsi va la France, et la représentation vieillie de son élégance.
Allez, je vous laisse apprécier le maquillage bleu (les yeux), blanc (le teint)
rouge (les lèvres) de la Reine Mère Geneviève.
Miss France est morte. Vive Miss
France...
23 août 2007
Dans la cour d'Amélie Nothomb.
Rentrée Littéraire.
Amélie Nothomb. Ni d’Eve ni d’Adam.
Editions Albin Michel.
Dédicace et rencontre.
Virgin Megastore des
Champs-Elysées. Paris. 8e.
Mercredi 22 Août 2007.
Chaque
année, Amélie Nothomb ouvre le grand défilé de la rentrée littéraire. A compter
de ce jour et dans un laps de deux mois, 727 romans – dont 493 français - vont
envahir les étals des librairies. Dès la parution de son roman, l’écrivain
belge prend place dans l’arène du Virgin Mégastore des Champs Elysées. Un
rituel bien huilé qu’aucun fan qui se respecte ne rate. Cette année encore,
elle était au rendez-vous, coupe de champagne en main, of course ! Cela
dit, elle était loin d’être seule !
Une
séance de dédicaces d’Amélie Nothomb évoque une chanson. La Mamma de
Charles Aznavour. Avec cette mythique
intro « Ils sont venus. Ils sont tous là. Dès qu’ils ont entendu son
cri. » … En remplaçant cri par rire… Le communicatif et franc rire de
l’écrivain est souvent comparé à celui du commentateur sportif Thierry Roland. Le
rapprochement s’arrête là. La romancière n’ayant rien en commun avec une mamma
italienne ! Ses fans, en revanche, ont tout de la groupie,avec heureusement, différents degrés.
Les
plus acharnés patientent dès le matin pour … Bonne question ?! La file
d’attente ne se mettant en place qu'aux alentours de 15h alors que leur égérie n’entre en
scène qu’à 18h. A l’arrivée de la super star du cahier de brouillon et du stylo
bille environ 400 personnes s’agglutinent dans les moindres recoins du
supermarché de la culture. Si les demoiselles sont en nombre, les hommes ne
sont pas en reste et les âges varient grandement. Dans cette foule, des
amoureux des mots, des lecteurs de la première heure, certains osent une
critique ou déprécier tel ou tel roman, d’autres disent amen à toutes les
parutions, des pré adolescents bruyants ou tirés à quatre épingles, des
retraités, des travailleurs RTTistes pour l’occasion, des banlieusards pestant
contre le RER en retard qui leur a fait perdre dix places, des doublures -
vestimentairement parlant-, des curieux qui passaient par là, des mères de
famille, appareil photo en main et les éternels habitués présent à chaque
dédicace du début à la fin. Attention, si le rideau noir estampillé Virgin
bouge encore alors que les dédidaces ont pris fin, c’est qu’Amélie Nothomb est
peut-être encore là. Vous êtes sûrs alors, de les voir se tordre le cou pour
tenter de vérifier cette information intuitive. Ne sait-on jamais… Cette année, nul lecteur offensé par les écrits d'Amélie
Nothomb ne semble avoir pris place dans les rangs de cette masse
impatiente. Peut-être dans la boîte aux lettres d'Albin Michel, comme cela arrive parfois...
Parmi la
foule quelques spécimens se détachent. Visage peint en blanc. Tenue
intégralement noire. Eye-liner débordant et lèvres agrandies à coup de pinceau
écarlates. Couettes éparses. Mitaines rayées rouge et noir, semblables à celles
d’Amélie Nothomb sur la couverture du roman, signée par le photographe
Jean-Baptiste Mondino. Et autres chapeaux et vêtements aux accents gothiques. Evidemment,
quand les caméras « Des livres de la 8 » (l’émission littéraire de Direct
8 animée par François Busnel, également directeur de la rédaction du magazine Lire)
et de Campus (le programme littéraire présenté par Guillaume Durant sur France2)
filment ils sont les premiers à être interviewés. Mais la tenue n’influence pas
le discours. Tous aiment. Non, pardon, adorent ! Stupeur et
Tremblements (roman publié en 1999, récompensé du Grand Prix du roman de
l’Académie Française la même année) rafle la première place de leur top.
Suivent, tous chez Albin Michel, Métaphysique des tubes (2000), Hygiène
de l’assassin (1992, premier roman d’Amélie Nothomb, Prix René Fallet). A noter
tout de même que les romans fortement autobiographiques, comme Biographie de la
Faim (2004) sont les plus cités et les plus sollicités. (Amélie Nothomb choisit
volontairement de sous-titrer ses œuvres « roman » et non
« autobiographie ». En bonne philologue, elle connaît l'étymologie et les multiples sens d'un nom commun. Elle regroupe sous ce terme
toutes les acceptions du ce mot. Soit, un sens très large, un brin fourre-tout.
) Quant à expliquer ce qui leur plaît dans l’écriture d’Amélie Nothomb, les admirateurs
adoptent le plus souvent la position de la carpe - animal honni de
l’auteur - bouche ouverte sur un long « euh ? ». Exercice certes
délicat que d’identifier ce qui séduit chez un auteur. Et les caméras
n’arrangent rien. Incontestablement, ils finissent par s’accorder sur quelques
points. Elle a un style bien à elle, ses histoires les happent et les
surprennent, les sujets sont originaux et le tout est très accessible.
Durant
les heures d’attente, certains lisent Ni d’Eve ni d’Adam. D’autres
préfèrent se réserver un coin de silence et le plaisir d’interrompre leur
lecture pour alimenter leur plaisir avec chaque jour quelques chapitres.
Certes, les romans de l’écrivain belge ne sont pas les monuments de 900 pages
de Jonathan Littell (Les bienveillantes, 2006, prix Goncourt, Grand Prix du roman de l'Académie Française). La parcimonie est de rigueur pour que dure le
bonheur de plonger dans l’univers d’Amélie Nothomb ! Ceux qui étaient à
l’ouverture d’une quelconque librairie tôt le matin même, se targuent de
l’avoir terminé dans les transports et s’étendent abondamment sur les passages
croustillants ou émouvants, en livrant le meilleur à leurs voisins ébahis ou
envieux. Plus tard, se sont eux, éclairés par leur lecture préalable, qui
opinent du chef pour accompagner la lecture à voix haute de l’intervieweur,
pour confirmer ou infirmer ses commentaires. Tous cela se passe dans un joyeux
chaos… Mais quand Amélie Nothomb – sans chapeau au grand regret de ceux qui la
réduisent à cela - escalade enfin l’estrade du Virgin, tous se taisent et
boivent avec ferveur ses paroles comme elle son champagne, arrosé cette année par la
condensation. A la vôtre !
Depuis
ce matin, sont en ligne sur les blogs des groupies photos, vidéos et
commentaires sur cette rencontre. Les plus impudiques livrent jusqu’aux mots
échangés avec celle qu’il idolâtres. Etrange ?! Qu'ils gardent religieusement pour eux ces quelques minutes auraient été moins surprenant.
Nul
doute que tous les lecteurs d’Amélie Nothomb seront ravis cette année encore
avec Ni d’Eve ni d’Adam. Elle remonte le temps jusqu’à l’époque de Stupeur
et tremblements, pour livrer une autre facette de cette période et
de sa personnalité. A l’honneur, des histoires de cœur. Coeur tiède pour Rinri,
un jeune tokyoïte avec lequel elle vit une brève aventure. Cœur brûlant pour le
Japon et son emblématique Mont Fuji.
Ses
admirateurs tenteront certainement d’analyser la femme Amélie Nothomb, et non
seulement l’écrivain. La qualité littéraire étant au programme, il faut bien se
nourrir de plus encore. Mais attention aux mauvaises interprétations ! La
piste qui mène au cœur de la romancière est mince et les neiges du secret
mi-dévoilé mi-dissimulé recouvrent rapidement les traces qu’elle a abandonnées
entre les lignes. En revanche, si vous désirez connaître les six plus belles
heures d’Amélie Nothomb, ruez-vous en librairie ! Vous ne le regretterez
pas, c’est un excellent roman.

















